Le football, terrain de jeu dangereux


Le football, terrain de jeu dangereux

En Bosnie-Herzégovine, 29 000 enfants font partie de clubs de football. L’argent manquant, ils s’entraînent dans des conditions matérielles très spartiates, ce qui ne les empêche pas d’afficher la couleur. (Jasmin Brutus)

En Bosnie-Herzégovine, 29 000 enfants font partie de clubs de football. L’argent manquant, ils s’entraînent dans des conditions matérielles très spartiates, ce qui ne les empêche pas d’afficher la couleur. (Jasmin Brutus)

Entre corruption et nationalismes, le ballon rond a bien du mal à écrire une histoire pacifiée de la Bosnie-Herzégovine

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Cramponné à son fauteuil roulant, Mirko dévale la grand-rue piétonne de Sarajevo, ravi: ce 7 juin au soir, l’équipe nationale de Bosnie-Herzégovine a gagné contre l’Albanie 2 à 0, se relançant dans la compétition après avoir perdu contre la Roumanie le week-end précédent. Mirko parle parfaitement anglais: il a passé plusieurs semaines aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme d’aide aux blessés de guerre.

L’air est doux ce soir sur la ville, et des centaines de badauds se sont attardés aux terrasses des cafés devant des écrans dernier cri pour vibrer au rythme des crampons. «Qu’importe qu’on soit bosniaque, serbe ou croate, pourvu qu’on mette des buts», affirme Mir­ko. Le bon sens de la remarque se heurte pourtant à la réalité: la question nationale fait partie du football bosnien. Au point que la fédération a bien failli être exclue des compétitions internationales.

Car la fédération est depuis la guerre présidée en alternance par un Bosniaque, un Serbe, et un Croate, conséquence directe des Accords de paix de Dayton. Les autres deviennent vice-présidents dans l’intervalle, de quoi assurer l’égalité entre les nationalités. Or la FIFA exige depuis des années la mise en place d’une présidence unique. Elle brandit donc l’arme suprême de la suspension, le 1er avril dernier. Plus de Coupe du monde, d’Europa League, de Champions League…

Chez les supporters, c’est le coup de blues. Chez les dirigeants, le coup de fouet. Poussée par l’urgence, la fédération parvient donc, enfin, à faire avaliser le nouveau statut avec présidence unique à la partie serbe, qui le refusait, et à mettre en place un comité de normalisation. Présidé par un ancien joueur au palmarès aussi incontestable que le pedigree: Ivica Osim est né à Sarajevo, il est Croate et a entraîné l’équipe nationale à Belgrade, au temps de la Yougoslavie: un modèle de multiculturalisme. La Bosnie est aussitôt réintégrée dans la grande famille du ballon rond fin mai, quelques jours avant les matches contre la Roumanie et l’Albanie. On est passé tout près du drame. Rideau?

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